18.01.2009
Vendanges en Médoc 2008
Vendredi 16 octobre, nous commençons une demi-heure plus tôt afin de terminer pour midi et ainsi disposer de l’après-midi pour évacuer les lieux. Nous sommes déjà mi-octobre et le jour n’est pas encore levé lorsque nous nous dirigeons au lieu de rassemblement. La matinée se déroule sans enthousiasme, ces vendanges qui se sont déroulées bizarrement nous laissent perplexes et peu enclins à renouveler l’expérience. Le temps où nous prenions une photo du groupe avec le château en arrière plan est révolu ; quelques photos prises à la sauvette de l’ensemble des personnels seront les seuls souvenirs que nous emporterons avec nous.
Le repas qui nous attend nous confirme qu’il n’y aura pas de gerbaude cette année. Un apéritif nous attend qui laisse une grande place au vin rosé produit au château de Giscours. Roger Garcia qui a porté le groupe pendant toutes ces vendanges est remercié par un cadeau des vendangeurs grâce à l’initiative d’Evy qui est irremplaçable dans ce rôle. Le discours de Roger nous va droit au cœur, il est chaudement applaudi. Ardouin, nouvel administrateur de ce domaine, tient à son tour un discours qu’il ne peut achever tant il est hué, chahuté, conspué.
Cette dernière journée est ensoleillée ce qui nous permet de plier et ranger notre matériel dans de bonnes conditions. Je prends congé de tous ceux qui sont encore sur le camp et quitte le domaine vers 18h. Une longue route va me ramener en Bretagne.
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23.12.2008
Vendanges 2008 en Médoc
Nous reprenons le travail en nous disant que nous finirons ces vendanges sans autre interruption. La vigne est sèche, les grappes saines, très grosses ; trois ceps suffisent à emplir nos paniers. C’est donc avec enthousiasme que nous cueillons, l’émulation aidant, nous prenons un malin plaisir à distancer nos voisins. Bien vite on calme notre ardeur, le chai ne suit pas la cadence ; nous sommes contraints à des poses qui s’éternisent.
En fin de journée, on ressent un sérieux relâchement, plus de volontaires pour aider ceux qui sont encore en milieu de rang, plus de porteurs pour vider nos paniers, il faut se démener pour obtenir que quelqu’un vienne. C’est dans une telle situation qu’intervient l’inspection du travail qui arrive dans un véhicule de la police : deux gendarmes descendent du véhicule et se positionnent de manière à contrôler les déplacements des personnes dispersées dans les vignes. Deux inspecteurs questionnent chacune des personnes.
Il se trouve que je suis en compagnie de Paul Bakala venu m’aider à terminer un rang de vignes lorsque l’inspecteur arrive à notre hauteur. Il me pose une série de questions auxquelles je réponds sans détour puis il s’adresse à Paul en lui demandant de présenter sa carte d’identité. Paul n’admet pas que, seul lui, soit tenu de justifier de son identité. En effet cela me choque car cela fait si longtemps qu’il vit en France que rien dans ses faits et gestes ne le distingue d’un Français de souche. Il est outré du peu de cas fait de sa parole tant il est impliqué dans la vie politique française. Il finit par se rendre à son véhicule pour y prendre cette carte qui en fin de compte ne sera même pas regardée par l’inspecteur.
Après cet épisode inhabituel, nous reprenons et terminons cette journée ; deux questions occupent nos esprits : quand finirons effectivement ces vendanges, vendredi où lundi comme au château Giscours ? Y aura t’il une gerbaude, fête de fin de vendanges qui réunit les personnels des deux châteaux?
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29.11.2008
Vendanges en Médoc 2008
Ce deuxième arrêt de trois jours est interminable. Samedi après-midi, je retourne à St Seurin de Cadourne, dans le haut Médoc, pour acheter du vin à la coopérative « Le Paroissien ». Je erre sur les petites routes car j’ai quitté la départementale en m’imaginant que je saurai me diriger sur ces chemins vicinaux ne comportant aucun repère ; je dois me résoudre à faire demi-tour et retrouver une vraie route indiquée sur la carte routière. Inconsciemment je « tue le temps », quand sera t-il demain ?
Le soir, à la veillée, autour du feu qui brûle jour et nuit près des fourgons et camions faisant office de caravanes, je prends des nouvelles d’Aurel qui souffre malgré les calmants que lui a prescrits le médecin.
Dimanche, il fait étonnamment beau, je décide de retourner seul à Bordeaux me familiariser avec cette ville traversée par la Gironde. Sur les quais sont installés des manèges qui tournent à plein régime. Une multitude de gens déambulent sur les quais rive gauche : qui à bicyclette, qui en patins à roulette évitant les promeneurs profitant aux mieux de cette chaude et lumineuse journée d’automne. Je retrouve les rues et bâtiments découverts une semaine plus tôt. Le retour et la soirée passés seul me désolent.
Lundi, je profite de cette journée pour parcourir Arsac à pieds. L'architecture des maisons est très différente de celle de nos habitations du nord ouest de la France. Je fixe sur la péllicule des maisons déjà anciennes et d'autres en construction. Je remarque qu'aux plans particulièrement répétitifs et simplistes des maisons d'hier, les nouvelles constructions sont nettement moins impersonnelles et plus élaborées; les parallélépipèdes rectangles de jadis sont maintenant des constructions en forme d'L ou d'Y, avec parfois un étage.
Une petite anecdote en passant: alors que je cherchais le bon angle pour photographier une habitation, une femme au volant de sa voiture que j'avais remarqué, allant et venant, me suspectant, s'arrête à ma hauteur pour me demander si j'habitais ici. A ma réponse négative, je sens que la personne est de plus en plus méfiante; elle s'éloigne à regret sans me quitter des yeux. Elle a probablement donné mon signalement à la police municipale au cas où, ce qui contredirait l'intuition féminine qu'on leur prête.
Aurel est allé passer sa radio: le médecin constate la gravité de la blessure, il donne 8 semaines d’arrêt de travail. Aurel a bien des difficultés à faire reconnaître par la direction du château qu’il s’agit d’un accident du travail et non d’un arrêt de travail qui ne serait plus à la charge de l’employeur mais de la Sécu, c’est la CNASA qui prendra en charge les semaines qui suivront les vendanges. Aurel a une exigence à laquelle il ne veut pas céder : il faut que Léon soit viré. Le château du Tertre se défile et confie Léon à château Giscours qui devra se charger du licenciement (là on entre dans des arcanes administratives).
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20.11.2008
Vendanges en Médoc 2008
Notre première période de vendanges s’est terminée par une pratique totalement innovante qui consiste à ramasser les grappes coupées bien avant les vendanges dans le but de permettre aux autres grappes de mûrir sans pourrir. Ces grappes qui jonchent le sol sablonneux et terreux depuis probablement deux semaines ou plus sont destinées à un « second vin » nous dit on.
Nous reprenons le travail dans des parcelles plantées de longue date de Cabernet Sauvignon aux belles grappes bien saines qui remplissent rapidement nos paniers. Les nuits étoilées et froides sont suivies de journées ensoleillées. Tout va pour le mieux jusqu’à ce que notre directeur technique, Frédéric Hardoin, nous annonce que nous ne travaillerons pas lundi prochain, nous sommes le jeudi en fin de matinée. Le ton monte dans les rangs. Pour calmer les esprits, on nous offre les repas de samedi et lundi midi. C’en est trop pour ceux qui ont d’autres projets ; une quinzaine de personnes, le 1/4 de l’effectif, décident de partir.
Pourquoi ne pas aller aider l’équipe de château Giscours appartenant au même propriétaire ? Comment se passera la Gerbaude, fête de fin des vendanges, si les deux châteaux ne terminent pas en même temps ?
Cette deuxième période de vendanges se termine par un incident inhabituel dû probablement à la mauvaise ambiance de ce travail en pointillé. Léon, un des africains, qui a reçu du raisin se rebiffe et interpelle les jeunes qui chahutent dans les rangs. Les insultes se font de plus en plus violentes et blessantes. Manon, une jeune vendangeuse, a le malheur de lui envoyer une grappe en plein visage ; il bondit, franchissant trois rangs de vignes, en sautant par-dessus les fils de fer tendus, il est sur le point de frapper Manon lorsque qu’Aurel s’interpose pour la protéger. Il prend un coup de genoux dans les côtes. Fin de la bagarre : Aurel est conduit chez un médecin qui lui donne une semaine de repos. Il s’avèrera le jour suivant, à la radio, qu’il a la 8ème côte cassée dans le dos et le cartilage abimé côté sternum.
Ainsi se termine ce deuxième épisode de vendanges, le cœur n’y est plus, ceux qui restent ont hâte que cela se termine malgré la maigre paie qui les attend.
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